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No such thing as « Lorem »

28 décembre 2018

(Des)illusions & des envies

Je me souviens des premiers blogs que j’ai commencé à suivre.

C’était il y a plus de six ans. Je venais d’entrer en fac de lettres et d’arts, j’avais beaucoup à exprimer et des projets plein la tête. Beaucoup d’idées, (très) peu de moyens, et une inspiration souvent freinée par des barrières trop hautes à enjamber. Ayant souvent tendance à me disperser, à perdre de vue le fil conducteur en n’ayant plus qu’en tête la ligne d’arrivée, j’avais à l’époque comme un besoin de coachs, de modèles de rigueur presque, pour recadrer mes idées abstraites ainsi que mon manque de stabilité. Des personnes déjà au fait de ce monde, qui à travers leurs expériences montreraient bon gré mal gré une éventuelle marche à suivre.

La formule avait l’air simple.
Créer un blog, l’alimenter, et le partager à qui souhaite le lire, le voir, ou l’écouter.

Sauf que ces premiers modèles m’ont très vite lassée. Pas spécialement parce qu’ils parlaient de mode et de beauté, mais plus parce qu’ils ne m’apportaient plus vraiment ce que je voulais y trouver. Le trop parfait et le trop élaboré cachaient quelque chose de pourtant évident, mais de trop désespérant pour qu’une jeune femme de 18 ans en galère souhaite s’y confronter d’emblée. C’est beau, comme ça brille. C’est joli, ça vend du rêve et des belles promesses, large champ des possibles et + si affinités. Sauf que, spoiler : c’est une publicité.

L’illusion parfaite a vite le vernis qui s’effrite ; retour à la réalité. C’est le début de glaçantes prises de conscience : contenus calqués, condescendance normalisée et contenus monétisés. Passées les désillusions, je suis rassurée : ma vie, mes galères, mes kilos ou ma peau terne n’ont pas vraiment à m’inquiéter. Mes complexes demeurent malgré tout bien ancrés, mais je me détourne sans regret de la blogosphère, qui me laisse (déjà) désenchantée face à mes aspirations et à ce que j’étais, en vain, venue chercher.

Des tentatives avortées

Passons rapidement donc sur mon premier blog mode et beauté, que je me suis empressée de fermer ; trop névrosée pour ne converser que sur l’enveloppe, ce fut vite impossible pour moi de me résoudre à en exiler l’identité, voire même l’intimité. Je voulais écrire, parler d’art et d’états d’âme, de choses qui vibrent, de sujets chauds.
C’est là que je crée Pensées et Soubresauts.

Laissé pour mort en 2013 sur une dernière prose, c’est je pense l’un des seuls espaces où je tâchais de me faire entendre, et de montrer ce que je savais entreprendre. Outre l’innocente arrogance de mon À propos ou l’accessibilité discutable de certains posts, il me rappelle pourtant des moments fabuleux où l’écriture et son partage sont devenus un exutoire, une libération certaine dans bien des moments les plus noirs.

Rapide parenthèse également sur The Mystic Place, second blog culturel voué lui aussi à mourir, où je n’écrivais plus que sur le travail des autres – fabuleux, au demeurant ; photographes, peintres, cinéastes, couturiers… de nombreux artistes aux médiums pluriels, tous familiers aux thèmes de l’horreur, du macabre, et des névroses. Autant l’annoncer, j’étais – et demeure – souvent à l’opposé des personnes qui voient la vie en rose.

Cependant, la noirceur et les grands drames sont des intarissables sources de merveille et de beauté. Mais au-delà de la longueur des articles au ton peut-être trop proche de celui de l’essai, cette nouvelle initiative m’a elle aussi, peu à peu découragée. D’abord, parce que mes textes étaient survolés au profit des images qui les illustraient, et surtout parce que ces images, aussi sublimes soient-elles, avaient toute le même problème : c’était celles des autres.

Or ce que je cherche réellement depuis le début, c’est partager ce que je réalise, ce que je réussis à assumer, et ce que j’arrive (enfin) à entreprendre.

J’ai d’abord relevé l’inconvénient de m’essayer à “trop” de choses en même temps (design, écriture, photo, cinéma, maquillage FX) : je m’éparpille au lieu de me recentrer. Ne parvenant pas à me décider sur ce que je préfère, je multiplie les fausses excuses et les actes manqués. En définitive, avec un peu de recul (et de bons amis), j’ai surtout vu l’inconvénient de ces remises en question trop poussées. Pourquoi vouloir choisir à tout prix ? Cela viendrait naturellement par la suite. Qu’importe si ma voix reste timide et enrouée, qu’elle touche trois personnes au lieu d’un millier ; au moins, je me serais lancée. Je pense que nul ne saurait mieux le comprendre qu’une autre personne tout aussi indécise ou juste angoissée.

Alors c’est parti

J’ai deux ans de shootings qui attendent d’être montrés. Car si je suis designer de métier, je fais aussi de la photo. Et c’est certainement l’une des choses que j’aime le plus au monde. La nature reste sans aucun doute mon sujet favori, elle ne me lasse jamais. J’adore mettre en lumière des détails végétaux, une goutte d’eau qui tombe d’une branche, l’immensité des paysages, des animaux qui paissent ou d’autres qui butinent… J’aime ses couleurs, ses saisons, et les sensations incroyables qu’elle me procure.

Photographier les gens m’apporte une autre sorte de sensations. Ma fascination pour les névroses couplée à mon aversion discutable du genre humain crée chez moi l’envie (contradictoire ?) de photographier des visages, des postures, des émotions, tour à tour naturels ou complètement mis en scène. Comme je le répète encore assez souvent, la majorité du temps sous quelques rires sarcastiques : « Je n’aime pas les gens ; j’aime les rencontrer. »
Pour ce qui est relatif au décor et au contexte, je suis passionnée par de nombreux courants de peinture, et j’ai toujours été grisée de décortiquer la composition d’une scène, les expressions de ses sujets et du jeu des lumières, pour essayer de me mettre à la place de l’artiste et de comprendre ses motivations, son message, ou encore ses maux.

Aujourd’hui, je photographie des gens que je trouve beaux, qui me fascinent, que j’aime, ou dont je suis amoureuse. Des gens qui parfois n’ont pas conscience de la force de leur aura, de cette puissance énergétique qui leur est propre. Et parce qu’il fut une époque où poser devant un objectif fut pour moi quelque chose de salvateur, j’aime l’idée que photographier des individus peut à la fois nourrir mon besoin d’expression comme panser les plaies invisibles de leurs angoisses.

Plus qu’un simple blog photo, j’ai envie d’un espace à moi, où laisser s’entre-mêler mes passions, mes lubies, mes créations. Je veux matérialiser cette chambre à soi dont Virginia Woolf savait si bien parler, révéler ce musée imaginaire dont Malraux a mis en lumière l’existence. En tâchant, notamment, de tirer parti des thèmes qui me sont chers, et d’en exploiter l’essence.

Grande pessimiste continuellement en colère, je me soigne donc (un peu) en capturant l’aura des gens et l’éphémérité des beaux instants. Faire corps avec les énergies, la culture et les sentiments est pour ma part quelque chose d’aussi nécessaire que d’absolument fascinant. Ça me grise comme ça m’inspire, ça me plaît comme ça m’apprend. J’aime cette espèce de satisfaction, d’accomplissement, quand je réussis un portrait, écris plus de dix lignes ou m’adonne simplement à un nouveau passe-temps !

Sans trop en dire davantage, nature, arts, féminisme et sciences occultes seront ici souvent à l’honneur. Des thèmes qui parce qu’ils me passionnent et me semblent liés entre eux me tiennent particulièrement à coeur.

Plus concrètement, sur ce qui peut parfois sembler comme de simples photos de mariage ou de grands paysages, quelque chose dans le cadre ou le contexte aura toujours soulevé chez moi des soubresauts de mystique, de merveilleux ou même d’espoir. Soubresauts que je tâcherai de décrire, au-delà de mes photos, avec des textes où mes émotions et mes réflexions auront trouvé leur place dans le cadre timide mais déterminé que celui des mots.

Éveillés, artistes, (hyper)sensibles ou simples curieux, j’aime à penser que vous trouverez ici, d’un article à l’autre, quelque chose de familier, de curieux, ou simplement l’occasion de voyager, d’une façon ou d’une autre, à travers mes yeux.

5 Comments

  • Reply Mathieu 28 décembre 2018 at 14 02 10 121012

    Bravo ! 😉 Hâte de voir la suite ^^

    • Reply laurianeipsum 28 décembre 2018 at 16 04 41 124112

      Merci beaucoup 🙂

  • Reply Bouvier 28 décembre 2018 at 22 10 48 124812

    Top !!! Hâte d’en lire plus..de me laisser transporter au travers de tes récits et photos. Merci du voyage qui semble débuter… j aime.

    • Reply laurianeipsum 29 décembre 2018 at 0 12 33 123312

      Merci ! 🙂

  • Reply Sisley 29 décembre 2018 at 14 02 45 124512

    Magnifique porte ouverte sur ta chambre à toi, un goût particulier pour les portraits que j’adore !

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