Voyages

Roadtrip en Écosse : partie 3

27 février 2019

Dans les articles précédents, je vous parlais des premières étapes de notre voyage.
Dans le premier article, j’évoquais notre passage par Glasgow, Inveraray et Oban, tandis que dans le second, nos vadrouilles dans les collines de Glen Coe et Glenfinnan étaient à l’honneur. Vadrouilles qui, déjà entravées par une crevaison au beau milieu des montagnes, seraient bientôt mouvementées par de nouvelles difficultés durant notre intention d’atteindre Skye.

Le périple jusqu’à Skye Walker

Nous programmons le GPS, et ce n’est évidemment qu’au bout des quelques centaines de kilomètres que nous faisons face à notre lamentable erreur. Le GPS nous avait conduites non pas jusqu’au pont mais jusqu’au port de Mallaig, l’unique autre façon de se rendre sur l’île – situé bien entendu à l’opposée de notre choix initial. Lors de notre arrêt net face à l’eau, nous avons laissé échapper un rire nerveux. Ça n’allait donc jamais finir !
Je suis descendue de la voiture, ai couru jusqu’à l’accueil du port fermé, puis jusqu’au bout du quai où se trouvaient trois hommes. Je demande, hors d’haleine :

“Le dernier ferry pour Skye, s’il-vous-plaît ?”
“Il vient de partir. Le prochain est pour cinq heures.”

Du matin. Il est 18h30. Nous sommes attendues pour 21h à l’auberge ; après quoi les portes nous seront fermées. Il nous faut environ 3h30 de trajet depuis Mallaig pour rejoindre le pont et atteindre l’auberge. Le timing est extrêmement serré, et la frustration à son comble.

Tous ces kilomètres en voiture, ces heures de perdues… pour au final refaire la route en sens inverse. Car oui, faute à pas de chance, il n’existe pas trente-six chemins pour arriver à bon port – sans mauvais jeu de mots.

J’appelle l’auberge et leur conte nos malheurs ; une fois de plus la gentillesse des Écossais n’est plus à défendre : ils nous plaignent, nous conseillent, nous rassurent. Ils attendront jusqu’à 22h. Au-delà, ils seront contraints de laisser le personnel rentrer chez eux. Oriane, notre chauffeuse attitrée, ne lésine pas sur l’accélérateur ; nous voilà reparties, exténuées mais le coeur battant. Nous pouvons – nous devons – y arriver.

Sauf que. Nous commencions à manquer d’essence. Et ce, avant même d’arriver sur Mallaig. Nous attendions en vain de croiser une station sur la route. Le GPS finit par en annoncer quelques-unes, que nous assumons aujourd’hui être des stations fantômes car nous ne les avons jamais trouvées. À une heure de notre arrivée, et après de nombreuses évolutions d’itinéraire en quête d’essence, le réservoir commençait très sérieusement à se vider.

“On attaque la réserve, les filles.”

La voiture tremble.
Nous aussi.
Le jour tombe, petit à petit. Et l’indicateur qui se fait de plus en plus menaçant. 8 miles. 7 miles.

Une station !

Nous nous arrêtons soulagées, puis constatons le pire : la station ne prend pas la carte bancaire. Fin de journée et (mauvaises) habitudes obligent : aucune espèce sur nous. Nous repartons donc la peur au ventre : il nous faut continuer à rouler si nous souhaitons passer la nuit dans un vrai lit. Mais continuer à rouler, c’est aussi aggraver le risque de la panne, la vraie, au bord d’une route déserte bientôt recouverte par la nuit tombante.

On arrête la musique.
La voiture tremble encore et les rires nerveux s’estompent.
Plus que 4 miles. 3 miles. 2.

1…!!!

Quand enfin : la station.

Celle du salut. Avec de la lumière, plusieurs bornes, et des machines à carte bancaire. À 1 mile – véridique – de la panne, c’est un véritable miracle. Lorsque l’on fait le plein – d’essence et de victuailles -, l’on se sent comme délivrée d’un mal qui nous aurait un peu trop rongées, et suivies un peu trop longtemps. Si l’on passe sur les quelques stressants détours de dernière minute, nous foulons à 22h01 le perron de l’auberge Skye Walker, où le gérant nous accueille avec une chaleur et une bienveillance que jamais nous n’avions pu espérer.

La voiture garée et la chambre investie, nous prenons quartier dans le dôme de verre que surplombe le ciel d’encre. Il est un peu tôt pour les aurores boréales, mais l’expérience n’en demeure pas moins magique. Ce globe qui nous protège du froid et du vent au-dehors, c’est un abris, un cocon fait de coussins et de lumières ; la phase finale d’une journée longue, inégale, impossible.

La pause est douce, (enfin) calme, et intemporelle ; incroyablement belle.

Dunvegan, son château et ses jardins

Après une nuit réparatrice, nous prenons la route pour le château de Dunvegan situé sur la côte ouest de l’île. L’imposante bâtisse voit sa base ancrée dans un solide rocher qui lui donne un aspect de fort à conquérir.

Ce jour-là, il fait incroyablement beau, le temps est doux et sublime la pierre et les jardins.
Car si la visite du château vaut le détour, ses espaces verts furent pour moi l’élément indéniable de beauté de ce lieu d’histoire. Les jardins sont immenses et abritent un grand nombre de fleurs et de plantes aux couleurs éclatantes.

Un peu plus loin se trouvent les serres et les sentiers de promenade, qui mènent ensuite au bord de l’eau entourés des roches marines et surplombée par les tours du château.

Nous sommes à peu de choses près très proche d’un paradis terrestre.

La végétation des jardins est tour à tour dense puis espacée, les racines et les branches entremêlées laissent place aux haies scrupuleusement taillées, qui à leur tour dévoilent des parterres de fleurs chatoyantes et variées. Et au bout du petit pont en bois : une superbe cascade.

Un vrai décor de conte de fées.

Je me souviens au lycée avoir lu cette nouvelle de Virginia Woolf, Kew Gardens, qui offre une description exaltée et fabuleuse des jardins londoniens, comme une explosion de couleurs, d’odeurs et de sérénité. Nous sommes en Écosse, dans un jardin bien plus sauvage que celui du dit-récit ; mais c’est précisément cette image littéraire qui me revient à l’esprit.

Kilt Rock, un aperçu sur l’horizon

De retour au 4X4, nous prenons la route pour admirer les superbes chutes d’eau de Kilt Rock, situées au village d’Ellishadder. Le panorama est grandiose : du bleu à perte de vue, une cascade qui donne le vertige et qui se jette dans une mer immense, agrémenté des odeurs de sel et d’un vent propre au large marin.

Nous ne sommes d’ailleurs pas les seules à nous extasier devant ; le site jouit d’une popularité indéniable. Nous retournons ensuite à la voiture pour nous rendre cette fois aux Fairy Pools, que nous avions grande hâte de découvrir depuis le début de ce voyage.

Fairy Pools, terres des fées

Fairy Pools ; un nom à la consonance mystique et magique, dû aux vives nuances de bleu et de vert de leurs eaux. Le parcours pour atteindre les plus jolis bassins – ou du moins, les plus populaires – dure environ une heure, sur lequel je ne saurais que vous conseiller de bonnes chaussures. Si en soit cette randonnée n’a rien de très ardu, le sol peut être boueux et donc glissant, et il vous faudra parfois sautiller de galet en galet pour traverser des cours d’eau – ce qui a donné, si je termine un jour de monter le résultat final, des plans vidéos très drôles à réaliser.

Nous n’avons malheureusement pas continué le parcours dans les montagnes dû au jour qui commençait à tomber – ce n’est que partie remise -, cependant nous avons pu profiter pleinement de la magie de ces plaines où chaque élément venait se manifester. L’eau est omniprésente ; il suffit globalement de suivre son cours pour profiter pleinement de la balade. La terre est immense, sauvage, puissante ; la roche, la mousse, les plantes et les branches prennent possession des sols sur lesquels le pied doit parfois d’adapter.

Le vent souffle très fort, dans les plaines ; je ne sais rien de sa puissance une fois les monts dépassés, mais les Fairy Pools étant établies dans une zone totalement vide d’arbres et de grandes structures, l’air environnant a tout loisir de faire danser les cheveux et les écharpes des plus hardies d’entre nous !

Quant au Soleil, tantôt il se cache, tantôt il dévoile jusqu’à ses jambes.

La vallée prend alors des reflets de feu et l’horizon s’embrase sous nos yeux peu habitués à une telle beauté.

Il n’est alors pas étonnant que les Écossais aient soupçonné les fées d’y habiter.
Avant de partir, nous prenons un moment pour un petit shooting improvisé sur un rocher, près du bassin le plus prisé.

Ce soir là, nous rentrons à l’auberge les jambes en cotons mais des étoiles plein la tête, qui nous donnent vite le tournis après quelques gorgées de liqueur à la cerise du patron de Skye Walker.

Pour le quatrième et dernier article sur ce voyage, je vous emmènerai sur le champ de bataille de Culloden, ainsi que sur quelques lieux magiques d’Édimbourg !

You Might Also Like

No Comments

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :